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Apparition d'une tâche d'encre sur le cannard...


Entre nous, sincèrement c'est tout de même ce que peuvent parfois me dire les abonnés du COIN-COIN* qui m'a convaincu de créer ce blog! Oui j'ai l'immense joie (?!) de travailler dans

le call-center du COIN-COIN*.


...Ce qui permet accessoirement de payer mon modeste, quoi que horriblement cher, 17m² parisien.

Les histoires du COIN-COIN* étant trop peu nombreuses (bien que... il y aurait à dire - si si! - ), "Une tâche d'encre dans le canard" accueillera aussi d'autres billets décomplexés (au choix) :

-Paris au détour de quelques photos.
-Tergiversations musicales.
-Vie étudiante du Canard masqué.
-Prises de tête journalistiques.

Point à la ligne,
Bla Bla Bla ...


De la part du Canard Masqué et de moi-même: Bonne flânerie sur l'internet !


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* Un indice pour le mot masqué COIN-COIN: en tout cas ce n'est pas le Canard enchainé (M'enfin non! Ca serait trop simple.)



lundi 19 juillet 2010

"Bling Bling Bling" fait le président quand il se casse la figure






Le péché originel du président

"
Eclaboussé par le scandale Bettencourt, Nicolas Sarkozy ne fait que récolter ce qu’il a semé. Tous les éléments de l’affaire étaient en germe dans la fameuse fête du Fouquet’s."



"Sa première erreur remonte probablement au soir de son triomphe. En mai 2007, Nicolas Sarkozy choisit de fêter sa victoire à l’élection présidentielle au Fouquet’s, sur les Champs-Elysées. Pendant que, sous une coupole dorée, les politiciens, les industriels et les stars du show-biz le courtisent, la masse de ses partisans reste à la porte. Les Français ont alors l’impression d’avoir élu un parvenu à la tête de l’Etat, et se mettent à parler de “président bling-bling”. L’étiquette est restée. Et si Sarkozy est aujourd’hui entraîné dans un tourbillon d’affaires, il s’agit de la tragédie d’un homme qui voulait remettre la France sur le droit chemin mais qui a été trahi par lui-même. “Je veux que vous ayez une confiance totale dans vos élus, dans votre démocratie, car c’est la force des grandes nations”, soulignait-il juste avant son élection. Trois ans plus tard, les sondages montrent que les deux tiers des Français ne lui font plus confiance et considèrent les hommes politiques comme “plutôt corrompus”. La “rupture” tant promise d’avec les castes et les privilèges de la Ve République n’a jamais été menée à son terme – bien au contraire, des secrétaires d’Etat [Christian Blanc et Alain Joyandet] ont démissionné pour des histoires de cigares et de jets privés. Sarkozy lui-même est soupçonné – mais rien n’est prouvé pour le moment – d’avoir illégalement financé sa campagne en acceptant les largesses de la multimilliardaire Liliane Bettencourt. Celui qui voulait bousculer les choses se fait à son tour bousculer.

C’est triste pour Sarkozy et dommage pour la France. Le pays aurait eu besoin d’un réformateur courageux qui transforme la République des élites en un Etat au service de ses citoyens. Le président n’a pas réussi cette révolution. Il doit se demander pourquoi. La première réponse tient à lui-même. Sarkozy prêchait des vertus dignes de la Rome antique, comme la transparence, la modestie et le sens de l’intérêt général. Or il s’est comporté comme une créature hybride, un mélange de Roi-Soleil et de Johnny Hallyday. Le président se mêle de tout – de la durée des pauses publicitaires à la télévision au nettoyage de l’équipe nationale de football –, tout en alimentant la presse people avec ses vacances sur un yacht et ses minauderies avec Carla Bruni. Certes, il donne depuis peu une image plus sobre de lui-même, mais personne n’y croit.

Deuxièmement, Sarkozy a voulu trop en faire. Au lieu de se concentrer sur des questions importantes, comme la réforme des retraites et la révision de la Constitution, il s’est aussi attaqué à l’éducation, aux médias, à la justice, à la fiscalité et au marché du travail, sans oublier l’Europe et l’économie mondiale. C’était trop, même pour cet Hercule. Aujourd’hui, il doit réduire la voilure, renoncer, et cela le fait paraître plus faible qu’il n’est.

Le président ne peut pas grand-chose à la troisième cause de son échec : la crise financière. Celle-ci l’entrave autant que ses homologues étrangers. Il a cependant fait naître des attentes si grandes que, pour les Français, la déception est immense. Elle est en tout cas plus importante que pour les Allemands, qui n’attendaient pas de miracles de la coalition libérale-conservatrice d’Angela Merkel.


La quatrième réponse tient au régime. La France est loin de satisfaire ses ambitions d’égalité. Les réseaux, comme ceux que Sarkozy entretenaient à l’époque où il était maire de Neuilly, sont au moins aussi importants que le mérite individuel. De plus, les “grandes écoles” produisent une élite qui se considère très tôt comme destinée aux plus hautes fonctions. Ces “élus” constituent des réseaux solides à l’exclusion de tous les autres. Sarkozy, fils d’immigré, aurait pu contrecarrer ce système. Mais il s’est employé avec gourmandise, voire avidité, à appartenir à cette oligarchie. Les affaires actuelles montrent à quel point l’élite considère ses privilèges comme allant de soi. Prenons pour exemple Eric Woerth. Ce ministre est déterminé, professionnel, travailleur, modeste – le type d’homme dont rêve tout chef de gouvernement. Et voilà que les Français apprennent qu’en tant que trésorier du parti au pouvoir il aurait reçu de Mme Bettencourt des dons en liquide ; qu’en tant que ministre du Budget [entre 2007 et 2010] il avait sous sa responsabilité les impôts de la milliardaire, le tout alors que son épouse gérait la fortune de l’héritière de L’Oréal. Bien entendu, il faut partir du principe que tout s’est passé dans les règles, mais pourquoi Woerth s’est-il de lui-même exposé à de tels conflits d’intérêts ? Peut-être parce qu’il appartient à une élite qui ne se remet jamais en question.

Nicolas Sarkozy [qui s’est exprimé le 12 juillet, en direct sur France 2] a encore le temps de tirer les conclusions de toute cette affaire. Il pourrait remanier son gouvernement et constituer une équipe plus restreinte, plus efficace. Il pourrait promettre aux Français du sang, de la sueur et des larmes. Il faudrait alors qu’il explique les réformes qu’il entend faire passer. Il pourrait promettre, au nom de son gouvernement, de renoncer aux cigares de fonction, aux avions privés, aux dons douteux et à tout le bling-bling. Mais les Français ne lui pardonneront vraiment sa fête au Fouquet’s que s’il parvient à transformer cette caste d’aristocrates républicains en véritables serviteurs de l’Etat."

de Süddeutsche Zeitung (Munich) Stefan Ulrich
Courrier international n°1028

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